«Tu veux manger quoi ce soir ?» « Tu manges avec nous ?» « Qu'est-ce que tu veux comme cadeau ?» . Le parent moderne se veut démocrate plutôt que d'imposer .Alors il propose .«Si je lui demande son avis c'est parce que mes parents ne m'ont jamais demandé le mien » justifie une maman d'un enfant de 10 ans . « Dans les années 1970-1980, un tournant éducatif s'est opéré , rapporte le Pr Daniel Marcelli , pédopsychiatre et professeur de psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent . Avec les découvertes des compétences du bébé, l'enfant a cessé d'être un sujet / placé sous l'autorité de parents , pour devenir un individu / doté de désirs et d'opinions . - La précurseure de cette idée étant Françoise Dolto / l'enfant est une personne - C'est à cette époque qu'est apparu le mot " PARENTALITÉ ", comme si les parents eux-mêmes devaient acquérir des compétences pour favoriser le développement sur mesure de leur enfant .»
Le modèle autoritaire d'autrefois a cédé sa place . Les enfants ont gagné en écoute et en maturité .Mais faut-il pour autant chercher à tout négocier ? « Tout excès est dommageable, répond le psychiatre .Nous cliniciens en faisons le constat : les jeunes patients autrefois inhibés , craintifs et soumis à la volonté de l'adulte ont cédé progressivement la place aux profils sur-stimulés et anxieux , oscillant entre confusion et agitation, voire agressivité. Trop de liberté désorganise. » Comment trouver le bon compromis ? en misant sur une " éducation au choix " progressive et cadrée .
👤👤 JUSQU'À 5 ANS : NE PAS HÉSITER À DÉCIDER À SA PLACE .
Choisir est un acte cognitif complexe. « Cela suppose une maturité cérébrale , notamment du cortex préfrontal , qui permet de différer, d'évaluer, de raisonner , rappelle le Pr Marcelli . Demander à un enfant de choisir entre plusieurs options - abondantes dans notre société de l'hyper consommation - revient à lui confier une charge psychique qu'il n'a pas les moyens d'assumer. » Le tout petit ira spontanément vers ce qu'il connaît ou le plaisir immédiat . Autre risque : l'habituer à ce que son désir l'emporte sur tout.. « Or le désir, contrairement au besoin, est insatiable . A peine exaucé , il se déplace . « Je ne comprends pas, il n'est jamais content ! » se plaignent les parents en consultation.»
LES PISTES À SUIVRE :
Avant 5 ans , mieux vaut imposer , en douceur, en tenant compte de ses besoins fondamentaux : sommeil, alimentation, activités ...« Si l'autorité vous met mal à l'aise , proposez -lui 2 alternatives , pas plus : « On va au square , tu veux jouer au ballon ou faire du toboggan ? » sous -entendu , on sort en promenade ! . Dès 18- 20 mois, il est très structurant de l'habituer à un NON ferme . Cela l'aide à intégrer la frustration , le rapport à l'autre et à contrer la toute -puissance de son désir »
👤👤 ENTRE 6 ET 10 ANS : LE CONSULTER SUR LES PETITES DÉCISIONS QUI LE CONCERNENT. A l'école primaire, la pensée logique se structure . Le piège , à cet âge -là , serait de faire de l'enfant un interlocuteur à égalité avec soi. « Pour éviter le conflit, ou parce qu'ils doutent de leur légitimité , certains parents délèguent -inconsciemment - leur rôle de décideur . observe le Pr Marcelli . En cas de mauvais choix, l'enfant peut alors se sentir en échec et culpabiliser . » Cela ne signifie pas qu'il faille l'exclure de toute décision . Au contraire, le consulter sur des sujets du quotidien qui le concernent directement permet de respecter ses préférences et renforce par là son sentiment de compétence et son estime de soi .
LES PISTES À SUIVRE :
Le bon dosage ? une structure souple, c'est-à dire un cadre clair ( heures de repas, de coucher , lieu de vacances, choix de l'école, pratique d'un sport ...) à l'intérieur duquel on ménage des espaces de liberté : choix des activités, des copains, du style ou de la couleur des vêtements ... « Il ne s'agit pas de demander sans cesse : qu'est-ce que tu veux ? mais de proposer plusieurs options raisonnables , en les accompagnant et en restant garant de la règle.
👤👤 A L'ADOLESCENCE : DIALOGUER PLUTÔT QUE DE CONTRAINDRE .
C'est le moment d'ouvrir un vrai espace de discussion , de l'aider à réfléchir au pour et au contre , à se projeter , à exercer son sens critique face à la profusion d'injonctions contradictoires qui l'assaillent .« A la puberté , le pouvoir de choisir prend une tournure plus intime :il ne s'exerce plus uniquement sur les objets du quotidien , mais sur soi, fait remarquer le Pr Marcelli . Le corps change, le moi vacille, et le « C'est mon corps, j'en fais ce que je veux » peut devenir un champ de bataille identitaire. L'excès de choix peut se retourner alors contre l'adolescent qui s'interroge : qui suis-je ? où vais-je ? . Derrière cette quête , il y a toujours la même question : comment s'accorder avec soi-même et avec l'autre , sans se perdre ? »
LES PISTES À SUIVRE :
Notre rôle évolue : il ne s'agit plus de tutoriel mais de co-construction . L'adolescent a besoin de sentir que son avis compte - sur le choix des vacances par ex. - tout en sachant que nous gardons la barre . Avec en ligne de mire sa santé, sa sécurité mais aussi nos valeurs : politesse, respect de l'autre, honnêteté...Pour les décisions impactantes - aller vivre chez son père ou sa mère , changer d'établissement scolaire, se faire tatouer - encourageons-le à argumenter et à nous convaincre . Si son raisonnement tient, nous pourrons ajuster ensemble, trouver un compromis : « Ok pour une semaine avec les amis , mais l'autre avec la famille » Sinon on tranche en lui rappelant que plus tard , il fera ce qu'il voudra , mais qu'en attendant , ses parents ont le dernier mot.
* J'ai lu pour vous cet article dans PSYCHOLOGIES DE JANVIER 2026.


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